Benoit : Je ne connais qu'une minorité de blogs ou les idoles des créateurs ne sont pas évoquées. C'est pourquoi je vais vous parler de celui qui m'a fait commencer la guitare.
Il s'apelle Jimmy Page, né à Heston (une ville proche de Londres) le 9 janvier 1944.
Enfant introverti et timide, il inquiète sa mère du fait de son peu d'amis, ce qui ne le gênait pas vraisemblablement. C'est à 13 ans qu'il entend « Baby, Let's Play House » d'Elvis Presley. Dans la grise Angleterre, cette énergie, cette joie, qui se dégageait du morceau marqua le jeune adolescent. Lorsqu'il rentre chez lui, il se met à "jouer" sur une vieille guitare espagnole abandonnée par son oncle. Par la suite, il prit quelques cours; d'apres certains dires, il en sût rapidement autant que son professeur. Ses parents l'encouragèrent, et s'entassèrent chez lui, petit à petit, une chaine hi-fi, des enceintes, des guitares, des amplis, une batterie, un orgue, un enregistreur. Sa premiere guitare électrique lui fut offerte par sa mère - une Hoffman demi caisse.
Je ne m'attarderais pas sur sa technique (mélange de fingerpicking et flatpicking).
C'est à l'adolescence qu'il rencontra un jeune futur Guitar Heroe, Jeff Beck, avec qui il passa tout son temps à décortiquer les solos des grands maîtres du rock'n'roll. En se faisant de plus en plus technique, il intégra des groupes locaux. Sur scène, il se métarphosait : l'adolescent timide s'estompait à un joueur passionné. Il devint rapidement une référence pour les jeunes du coin, qu'il emmenait dans son salon reconverti en temple de la musique.
Apres un an de silence pour causes de problemes personnels, il fit la rencontre pendant divers jams d'un autre adolescant timide, futur virtuose de la six cordes, un certain Eric Clapton.
Il devint un musicien studio, et on le surnomma Little Jimmy (puisqu'il était jeune, faut suivre un peu ! lol). Le groupe où officiait Eric Clapton, The Yardbirds, devint trop pop, du moins pour son guitariste. La place est libre, et l'on apelle Jimmy Page. Celui ci décline l'offre, et propose la place à Jeff Beck. Ce dernier, reconaissant, lui offre une Fender Telecaster, que Little Jimmy décora en peignant des motifs psychédéliques.
Voulant changer d'air, il accepte de remplacer le bassiste des Yarbirds, temporairement, le temps que le guitariste rythmique se familiarise avec la quatre cordes. Nous sommes en juin 1966. Ce groupe avait un duo écrasant, Jimmy Page et Jeff Beck.
Ce dernier devenait trop instable, il fut donc viré du groupe. Jimmy Page devint seul maître à bord. C'est durant cette période que Jimmy Page s'essaya à diverses expériences guitaristiques, telles l'archet ...
Le seul personnage du groupe qui résista à la drogue et l'alcool étant Jimmy Page, il n'en resta bientôt plus que le guitariste et le nom. c'était peu pour préparer les concerts prévus dès l'automne en Scandinavie. Il devait donc trouver des musiciens.
Il pensa tout d'abord à Terry Reid comme chanteur et second guitariste, mais il venait de signer pour une carriere solo. Ce dernier lui suggéra un inconnu, un certain Robert Plant. Il lui suffit de son audition pour comprendre qu'il avait trouvé la perle rare, ce jeune hippie fan de blues et de folk à la voix particulière et suraïgue. Il devient donc le chanteur des Yardbirds. Un ami (clavieriste arrangeur et bassiste) de Jimmy Page devint donc le bassiste du groupe, Il s'apelle John Paul Jones. C'était un musicien très côté en Angleterre, puisqu'il était un excellent arrangeur, ainsi que claviériste. Il ne manquait plus que le batteur, déjà trouvé par Robert Plant. John Bonham fut et est encore aujourd'hui certainement l'un des plus grands batteurs de tous les temps (sinon le meilleur).
Lors des premieres répétitions, Jimy Page est sidéré par le groupe, qui dépasse toutes ses espérences. Le premier concert du "nouveau groupe" se déroule le 7 septembre 1968. Il ne reste qu'un probleme : le groupe n'a plus rien à voir avec les Yardbirds. Ils décident donc de jouer sous le nom The New Yardbirds.
A chaque soir, le nouveau groupe recoit une ovation qu'ils n'avaient jamais connu. Lorsqu'ils rentrent en Angleterre, ils veulent absolument enregistrer un disque; mais Jimy Page est fauché et ne peut pas payer les frais de studio. C'est le cinquième membre du groupe qui s'occupera de payer la moitié - je n'exagère rien en disant 5eme ... C'est Peter Grant, leur manager, qui donc paiera la motié des frais, alors qu'ils n'ont pas encore de maison de disque !! Il parvint ensuite à décrocher un contrat avec la prestigieuse maison de disques Atlantic, le contrat se montant à 200 000 $ de l'époque (c'est énorme).
L'énormité Led Zeppelin est lancée par ces 5 figures amblématiques.
Le nom de New Yardbirds était provisoire, et il leur fallait en trouver un autre. C'est Alors que Jimmy Page se souvient d'une phrase que disait tout le temps Keith Moon (trop long à expliquer désolé ... lol), qui contenait "lead zeppelin" (ballon de plomb). Pour que les américains le prononcent de la bonne maniere, ils optent pour "Led Zeppelin".
Jimmy : "Led Zeppelin, ça ressemblait un peu à Iron Butterfly (papillon de fer), avec une connotation de lourd et léger à la fois..."
Je passerais sur l'épopée du groupe, que j'ai d'ailleurs largement entamée, pour en revenir à Jimmy Page.
Led Zeppelin était le groupe idéal de ceux qui rêvaient les yeux grands ouverts. Mais, peu à peu, le rêve, la part de magie, avaient laissé place aux excès. Si une malédiction pesait sur le groupe, elle était à chercher dans l'abus des drogues et non dans un grotesque pacte avec le diable. Le dernier acte tragique de ces bacchanales était la mort de John Bonham et donc du groupe.
Jimmy finit par sortir de sa retraite. Il était légitime d'attendre beaucoup du maître de Led Zeppelin. Cependant c'était oublier que la réussite du groupe n'était pas due à lui seul, mais au travail collectif de ses membres ainsi qu'à l'harmonie qui régnait entre eux. Il ne faut pas non plus oublier la figure paternelle de Peter Grant. Cet ensemble faisait ressembler Led Zeppelin à un clan très fermé. Jimmy Page allait-il réussir à retrouver cette rare alchimie ? Rien n'était moins sûr. Il faut aussi réaliser que c'est dans les brumes de la drogue et du sevrage qu'il traversa la première moitié des années 80.
Jimmy Page donna souvent l'impression d'être en équilibre entre le gouffre et le sublime. Et il bascula plus d'une fois d'un côté ou de l'autre.
En 1984 avec Paul Rodgers, il s'occupa de former leur nouveau groupe. Ils engagèrent Chris Slade (ex-Manfred Mann et futur AC/DC) à la batterie et Tony Franklin (de chez Roy Harper) un virtuose de la basse freetless. Le groupe s'appela The Firm. Un choix judicieux en cette époque où le gentil hippie avait disparu au profit du yuppie assoiffé d'argent comme le vampire de sang. The Firm accoucha de deux albums (The Firm et Mean To Business). Le premier étant le meilleur et pas une merveille. La musique, très dans l'air du temps, consistait en un Hard-Rock FM sans âme. A noter que le titre Midnight Moonlight était une version achevée de la fameuse Swan Song restée à l'état d'ébauche du temps de Led Zeppelin. Le groupe connu un succès d'estime même parmi les jeunes. Ils étaient sans doute attirés par cette musique à la mode jouée par des légendes du rock anglais. Il tourna aux Etats-Unis. Parfois même à guichet fermé. Finalement il splitta en 1986. Jimmy déclara, légèrement pince sans rire, que le groupe n'avait jamais eut l'intention de dépasser les deux albums.
En 1985 Jimmy a aussi participé à un album de Roy Harper (Whatever Happened To Jugula). Il se terminait par le bruit de Roy urinant et tirant la chasse d'eau. Oui, il était temps de passer à autre chose...
Alors que Robert Plant en était à son quatrième et alors meilleur album solo, Now And Zen, Jimmy enregistra enfin le sien.
Il s'entoura de vieux requins de studio ainsi que de Jason Bonham, le fils de John Bonham, Robert Plant était aussi de la fête pour un titre : The Only One.
L'album s'appela Outrider. Sur la pochette on pouvait y voir un Jimmy Page revigoré à l'air décidé, frisé comme un mouton, et tenant fermement une guitare. Un léger effet de flou brisait le côté statique de la photo. Jimmy Page prêt à se remuer, à mordre, comme au bon vieux temps ? Malheureusement l'album n'offrait pas de quoi affoler les foules. Tout en étant des plus honnêtes. Deux titres sortaient du lot : le bel instrumental Emerald Eyes et Prison Blues à l'atmosphère chaude et moite avec un solo fiévreux de Jimmy. Il sorti en 1988 et se vendit à peu près autant que les albums de The Firm.
Pendant la tournée Jason se montra être un batteur solide mais au jeu un peu trop académique. Quand à Jimmy il retrouva des couleurs. En fait, il joua ses meilleures parties de guitare post-Zeppelin.
Les shows se terminaient par des versions instrumentales de Stairway To Heaven. Comme autant d'appels à un absent qui, finalement, le resta... Jimmy parti alors en quête d'un nouveau compagnon.
C'est quasiment au dernier moment que Robert Plant se décida à renouer avec Jimmy Page. Ce dernier atteignant les 50 ans... Oubliées les petites phrases assassines auxquelles Jimmy, repoussé dans les derniers retranchements de l'espoir d'une réunion, répondait quelquefois avec mollesse et amertume.
Ils s'étaient déjà retrouvés le temps d'une chanson ou deux sur album et lors de rappels. Led Zeppelin avait même été deux fois reformé, avec John Paul Jones, pour deux prestations des plus moyennes en 1985 (Live Aid) et pour les 40 ans d'Atlantic en 1988. Une tentative, tenue secrète, a eu lieu en 1986 à Bath. Mais le batteur Tony Thompson, déjà présent au Live Aid, eut un accident de voiture sans gravité en rejoignant les ex-Zeppelin. « Dans le genre présage, on ne fait pas mieux. On s'est arrêté là. » Constata un Jimmy Page sensible et superstitieux.
La réunion Page & Plant devait se faire dans le cadre strict d'un Unplugged de MTV avec une forte orientation World-Music. En fait ce projet était déjà dans l'air du temps de Led Zeppelin (On se souvient des fameuses Bombay sessions et d'un morceau tel que Kashmir). Mais faute de temps, d'aléas, et de l'inertie de la machine Led Zeppelin qui se nourrissait surtout de rock, il n'avait jamais abouti. L'idée venait de Plant et de Page ce qui explique, en partie, la mise à l'écart de John Paul Jones. L'autre explication est que Robert Plant ne voulait plus seulement être associé à Led Zeppelin mais être enfin reconnu comme un artiste à part entière, et deux ex-Led Zeppelin c'était déjà beaucoup...
C'est donc certainement sans trop y croire que les deux vieux amis se réunirent autour de boucles de percussions enregistrées par Martin Messonier. Mais il se passa quelque chose. La musique circula à nouveau entre eux.
Ils enregistrèrent en direct dans la belle région de Snowdonia en Angleterre. Au Maroc avec les Gnawas, une tribu noire locale, dont la musique est censée avoir des vertus thérapeutiques. Egalement de façon plus conventionnelle au studio Albion, devant public, à Londres avec une section de cordes anglaise et une autre de percussions égyptiennes.
L'album était une réussite éclatante. Les chansons de Led Zeppelin prenaient une nouvelle dimension (sauf No Quarter en deçà du reste). Il se terminait par une superbe version de Kashmir. Une cassette vidéo sortie également. Les images les plus magiques étant celles avec les Gnawas et celles de The Truth Explodes sur la place de Marrakech. Elles montraient nos deux vieux boucaniers du rock dans un exercice sur la corde raide devant un public plutôt interloqué. Surtout quand Jimmy empoigna la manette d'une drôle de petite boîte noire pour en sortir des sons stridents.
L'album fut 4ème aux Etats-Unis en 1994. Les tournées furent somptueuses. Ils sillonnèrent l'Europe et les Etats-Unis. Elle se termina en apothéose début 1996 au brésil, au Japon et en Australie avec une set list de rêve.
La réunion ne s'arrêta pas là. Un album avec un matériel entièrement neuf s'imposait. Hélas toujours sans John Paul Jones. Les séances d'enregistrements se déroulèrent pendant l'été 1997. L'album s'appela Walking Into Clarksdale en hommage à la ville vivier du blues. Steve Albini (Pixies, Helmet, Nirvana, PJ Harvey...) en était le producteur inattendu. L'album sonnait très direct et rock. Il avait une beauté aride et une atmosphère attachante. La guitare de Jimmy se promenait en eau trouble, entre tranquillité amère et brutalité effrénée. Mais il manquait de souffle. On pouvait s'attendre à mieux de la part de Page et Plant après les avoir entendus lors de la tournée Unledded. Il est aussi vrai qu'Albini, trop respectueux, n'avait pas toujours osé critiquer leur travail. Heureusement certains titres comme When The World Was Young, Walking Into Clarksdale, Most High ou encore When I Was A Child furent d'incontestables réussites.
« Les gens croient que je ne sais (...) plus jouer, je vais leur prouver le contraire. » En fait Jimmy n'avait plus le choix. Sans orchestre symphonique ni second guitariste pour le soutenir, il allait de nouveau être exposé en premier ligne, aux regards et aux oreilles.
La tournée débuta en Europe de l'Est début 1998. La guitare de Jimmy se révéla très acérée et à peine apaisée le temps d'une poignée de titres acoustiques. Loin de se reposer sur sa gloire passée, il s'investissait dans les concerts comme un jeune guitariste voulant conquérir le monde à coup de riffs tranchants. C'est certainement devant cette montée en puissance que Robert Plant commença à se demander ce qu'il faisait là. Allait-il être l'éternel second de Jimmy Page ? N'avait-il pas encore une carte solo à jouer ? Fin 1998, en pleine tournée, il mit fin à sa collaboration avec Page. Ce dernier dépité mais toujours avide de jouer se tourna alors vers les Blacks Crowes, ravis de jouer avec un de leurs idoles, pour une tournée qui débuta en 1999 et un album live en 2000. La même année Jimmy se blessa au dos et la tournée prit fin prématurément.
Une fois Led Zeppelin mort, Robert Plant et John Paul Jones prirent leurs distances avec l'illustre cadavre. C'est à Jimmy Page, toujours hanté par sa création, qu'incomba la tâche d'entretenir l'œuvre de Led Zeppelin. Pour la bonne cause : le groupe n'avait pas offert tout ce dont il était capable de son vivant.
Des années après l'épisode Coda, il remasterisa tous les albums studios du groupe. « Quand les albums du Zep ont été réédités en CD, personne ne m'a contacté. Alors ils ont fait n'importe quoi... » (JP, 1993.) Deux coffrets remasters sortirent avec une astuce commerciale : l'intégration d'un petit nombre d'inédits dans ce qui n'était finalement qu'une compilation. Suivirent un coffret, The complete Studio Recording, comprenant aussi les fameux inédits, et les albums remastérisés achetables un par un. Variation sur la chanson du citron...
Le succès commercial dépassa toutes les espérances. Led Zeppelin connaissait une deuxième naissance post-mortem. Jimmy Page se remit donc, une fois de plus, au travail. Il fallait absolument un live à la hauteur du groupe. On devait jusque là se contenter de la bande musicale, mal fichue, du film The Song Remains The Same et... de bootlegs. Ce fut chose presque faite (seulement en 1997 !) avec les superbes BBC Sessions. Le coup de marteau fut asséné en 2003. D'abord avec l'extraordinaire How The West Was Won. Ainsi que deux DVD, plus de 5 heures de film, retraçant la quasi-totalité de la carrière du groupe. Bizarrement les images les plus impressionnantes et touchantes étaient celles de Knebwoth où l'on peut lire sur les visages, les corps, la déchéance des membres de Led Zeppelin. Le moins atteint semblant être John Paul Jones et le plus touché Jimmy Page.
Depuis la tournée avec les Black Crowes, Jimmy Page se montre plus rarement. Il parcourt encore le monde pour recevoir des récompenses et participer à des manifestations officielles. Il retrouva Robert Plant le 7 juillet 2001 pour un court set rock and roll en l'hommage à Sun Records. Le fameux label pionnier du genre dont Jimmy collectionnait les vinyles. En 2002 il a interprété Dazed And Confused au Royal Albert Hall. Il a eu 60 ans en 2004. Un âge canonique pour une star du rock Sensibilisé par sa femme il consacre aujourd'hui de son temps aux œuvres de charité, en particulier pour aider les enfants déshérités du Brésil. On peut aussi compter sur lui pour sortir, de temps en temps, des petits joyaux estampillés années 70.
Jimmy Page : « Mon mode de communication idéal est la musique et je crois que c'est à travers elle que je me révèle. Je suis juste un joueur de guitare. »